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Évaluation des interactions dans les parcours de soins en médecines conventionnelle et complémentaire en Suisse

Ce projet aborde une question importante mais encore peu étudiée : l’utilisation conjointe et la complémentarité entre la médecine complémentaire et alternative (MCA) et la médecine conventionnelle (MC) dans le contexte suisse. Ce sujet est d'autant plus pertinent que la MCA bénéficie d'une reconnaissance institutionnelle et sociétale en Suisse. Malgré cette intégration, il existe un manque d'études exhaustives qui évaluent l'efficacité et l'efficience d’une utilisation conjointe de la médecine conventionnelle et complémentaire.

Les médecines complémentaires et alternatives (MCA, CAM en anglais) désignent un ensemble de disciplines diagnostiques et thérapeutiques qui existent en dehors des structures et des établissements de soins de santé conventionnels. L'accès aux médecines complémentaires et alternatives est largement utilisé par les citoyens suisses et a fait l'objet d'un référendum en 2009. L'utilisation de plus en plus répandue des MCA revêt une importance majeure pour les consommateurs, les praticiens, les chercheurs et les décideurs du secteur de la santé, aujourd'hui et à l'avenir. Malgré cette importance croissante dans le parcours de soins des patients, la question demeure : quelle est la relation entre les médecines complémentaires et conventionnelles? En effet, la médecine complémentaire, autrefois qualifiée d'alternative parce qu'elle était principalement utilisée comme alternative à la médecine conventionnelle, est aujourd'hui utilisée en conjonction avec la médecine conventionnelle (MC, CM en anglais). Malgré cette interconnexion croissante entre les deux systèmes, il y a encore très peu de communication entre eux, et la façon dont l'utilisation de chaque système est intégrée dans les parcours de soins n'est pas claire. 

Plusieurs facteurs déterminant le recours aux MCA ont déjà été identifiés dans la littérature, notamment l'existence de problèmes de santé (souvent chroniques), l'attrait de formes de thérapie plus naturelles, la possibilité de participer à ses propres soins de santé et l'insatisfaction quant à la capacité de la médecine conventionnelle à traiter adéquatement les maladies chroniques. D’autres facteurs sociodémographiques ont été associé à une utilisation des MCA comme le fait d’être de sexe féminin, d’âge moyen ou d’avoir un statut socioéconomique élevé. Néanmoins, les études existantes ont principalement été réalisées en dehors de la Suisse, et une évaluation approfondie du profil sociodémographique, clinique et environnemental des consommateurs de MCA en Suisse n'a pas encore été réalisée. 

En Suisse, l'assurance maladie obligatoire (LAMal) ou Mandatory Health Insurance (MHI) reconnaît cinq types de médecines complémentaires et prend en charge les coûts associés lorsqu'elles sont pratiquées par un médecin certifié : l'homéopathie, l'acupuncture, la médecine traditionnelle chinoise, la phytothérapie et la médecine anthroposophique. Néanmoins, une part importante des services de CAM est fournie par des régimes d'assurance complémentaire régis par la loi fédérale sur le contrat d'assurance (LCA) ou Supplementary Insurance (SI), qui permettent un remboursement partiel de nombreuses disciplines de MCA. Malheureusement, très peu de recherches ont été menées sur ce type de consommation, ce qui rend difficile l'évaluation complète de l'utilisation des CAM. Avec l'augmentation des coûts des soins de santé, l'évaluation économique des avantages des médecines douces devient de plus en plus importante pour la formulation de stratégies de gestion des maladies qui soient à la fois efficaces sur le plan clinique et responsables sur le plan financier.

OBJECTIFS 

Tout d'abord, nous visons à identifier les facteurs associés à l'utilisation des médecines complémentaires. Ensuite, nous étudierons la présence d’une organisation géographique dans l’utilisation de la médecine complémentaire. Enfin, nous examinerons si l'utilisation des médecines complémentaires est associée à une diminution des dépenses en soins médicaux conventionnels. Ces objectifs se décomposent de la manière suivante :

1. Analyses descriptives, exploratoires et géospatiales

  • Objectif 1.1 : Établir un profil détaillé des patients ayant recours à la MCA en comparaison de ceux qui n’utilisent que de la médecine conventionnelle (Qui ?).
     
  • Objectif 1.2 : Décrire le type de parcours de soins de patients ayant recours ou non aux médecines complémentaires (Quand et comment ?).
     
  • Objectif 1.3 : Évaluer la distribution spatiale de la consommation de soins conventionnels et complémentaires (Où ?).
     
  • Objectif 1.4 : Caractériser de potentiels regroupements spatiaux afin de déterminer les facteurs individuels et le contexte environnemental qui peuvent sous-tendre l'existence de ces regroupements spatiaux.

  

2. Analyse économique et efficacité

  • Objectif 2.1 : Investiguer l’effet de l’utilisation de médecines complémentaires et des indicateurs d’état de santé et économiques (amélioration, neutralité, détérioration) à moyen terme (5 ans).
      
  • Objectif 2.3 : Investiguer l’effet de l’utilisation de médecines complémentaires et des indicateurs d’état de santé et économiques à moyen terme (5 ans) pour des sous-groupes de patients présentant des pathologies spécifiques.